RAM qui rame : la maladie du siècle?

À lire en écoutant : Where is my head – Pixies

On a beaucoup polémiqué suite aux sorties de Lise Bissonnette et de Nathalie Petrowski dénonçant les écueils des médias sociaux. Puis, on est passé aux séries et à la spirale infinie de l’échangeur Turcot.

J’y reviens malgré tout parce que le débat sur la perte de temps surgit à chaque nouvelle invention diabolique dont la télévision, les jeux vidéos et Internet. Une grande question demeure : peut-on vraiment juger le gaspillage de temps? N’est-ce pas là une violation du doit individuel à disposer de sa propre RAM (Random Access Memory ou en français, mémoire à accès aléatoire)

Illustrons la RAM par un échantillon de 24 secondes chrono chez un spécimen test:

Navigation simultanée sur une dizaine de fenêtres
Tweet : « Inch Halak » (de ynoiseux) apparaît au bas de l’écran. Sourire.
Pong: Courriel important pour le boulot.
Ping: Annonce d’un texto sur le cellulaire.
Pong: Pourriel de viagra.
Pong: Lettre d’information sans importance.
Toudou: Spam d’une Russe en chaleur via Skype.
Wouf: Chien de la voisine.
Tweet: machin@chose@pis@l’autre#machin http://tinyurl…. euhhh…
Fiiiiiiiiii: Le café est prêt.
Tic. Tic. Le courriel important est lu et classé. Beeep…

Voilà 24 secondes alors imaginez deux éternelles minutes dans le cerveau d’Halak en dernière période, mercredi soir…

Trucs et astuces: si votre capacité de traitement commence à défaillir, défragmentez votre disque dur par une cure de déconnexion. Vous pouvez, par exemple, aller chercher le café avant qu’il explose dans la cuisine.

Va pour les bases techniques mais l’injustice veut que nous ne soyons pas tous nés égaux face à la RAM. Certains génies en repoussent les limites et d’autres sombrent dans le déficit d’attention chronique.

Cherchant un exemple de RAM phénoménale, je me suis demandée combien de Tweets ferait-on avec les 23 000 lettres de Voltaire? L’incorrigible bavard, qu’on lit encore trois siècles plus tard, a pondu cette orgie de mots à la plume, sans copier-coller. Pendant ce temps au 21e siècle, je « tapoche » une oeuvre plus qu’éphémère au péril de mon annulaire droit. Quel rapport avec ce doigt sans intérêt sauf si le marié se trompe de main? C’est qu’il y a environ un an, le salaud a décidé de cesser de plier: un inflammation connue sous le nom savant de «doigt gâchette». Il faut dire que je tape trop passionnément, sans méthode, en surexploitant l’annulaire pour les touches «effacer» et «retour». L’insubordonné a été cruellement puni par une piqure de cortisone injectée dans le tendon. Croyez-moi, la douleur est comparable à se faire arracher un ongle par un sauvage du Canada.

Bon, je disais quoi déjà ? Ah oui ! Déficit d’attention chronique… «Connais-toi-même ta propre RAM.»

Qu’importe si de nos doigts gâchettes, nous écrivons plus vite que notre ombre des quantités exponentielles de phrases intelligentes ou insignifiantes, tant qu’il nous sera permis de rire de l’Homo sapiens version 2.0.1.0. Zappeur multitâche branché sur de plusieurs médias, il a inventé une langue indéchiffrable parsemée de «#» et «LOL». Il vénère le dieu «Halak» ainsi que des objets gravés d’un signe de pomme. Sapiens cherche inlassablement des femelles dans les catalogues illustrés et craint davantage d’être déconnecté plus d’une heure, que sa propre mort.

En vérité, je vous le dis, si la masse perd le contrôle de sa RAM, nous sombrerons dans un déficit d’attention chronique collectif telle une meute de Jack Russel tappant frénétiquement sur des claviers. Nous devrons aussi nous préparer à une épidémie de doigts gâchettes parce que jusqu’à maintenant, la reconnaissance vocale traîne de la patte.

Et qu’en dirait Voltaire? Peut-être… «Les hommes en général ressemblent aux chiens qui hurlent quand ils entendent de loin d’autres chiens hurler».(Fragments historiques)

Simplicité technologique volontaire ou démence Web ?

Il y a quelques mois, j’avais publié un billet humoristique sur le déficit d’attention, la maladie du siècle des « webaholiques« . J’y reviens parce que depuis, on a beaucoup parlé du nouveau livre de l’écrivain technologique, Nicholas Carr, dans lequel il dénonce les effets d’Internet sur notre cerveau.

Selon lui, non seulement le bombardement d’informations dans le monde moderne, tue notre patience, notre capacité de réflexion et de contemplation, mais il modifierait aussi la structure de notre cerveau.

Il est vrai que j’ouvre souvent trop de fenêtre de navigateurs à la fois dans une conversation et qu’il faut boire quelques cafés pour me suivre. Il est tout aussi vrai que la patience, n’a jamais été ma plus grande vertu, mais quand je pète un câble, ça n’a rien à voir avec mon cerveau trop branché, je suis une femme, inutile de me faire des examens neurologiques.

Si mon cerveau est «technologiquement» modifié par Internet, ça expliquerait peut-être une autre démence dont je suis atteinte, suite à dix ans de surf intensif.  Je n’ai jamais été une zappeuse. Je consulte l’horaire télé en ligne avant d’allumer l’antiquité au milieu de mon salon. En un an, j’ai probablement fait du «zapping»  quatre fois à la recherche d’une émission intéressante :  illico me semblait trop lent et l’offre, décevante. Deux fois sur quatre, j’ai fermé le machine hurlante et suis retournée devant un bon livre.

Je suis aussi incapable de me discipliner à regarder une émission à horaire régulier ou même de penser à l’enregistrer. « Webaholique » assumée, j’ai l’habitude d’être servie selon mes goûts, au moment voulu. En terme savant, je suis pas mal entièrement passée du côté de la génération du « PULL » à l’opposé du « PUSH », où l’on nous sert l’information.

La semaine dernière, j’ai donc décidé qu’il serait mieux de donner 50 $ par mois à un organisme à but non lucratif que de garder le câble télé. J’ai ressorti les oreilles de lapin et après les avoir bougées dans tous les sens, j’ai accepté de voir le monde en rouge et vert avec des lignes au milieu, c’est très bien comme ça.

Ce n’est pas la première fois que je me retrouve parmi les sans-câbles. À San Francisco, je n’avais même pas de télévision et je me suis pourtant payée une véritable orgie de films et de téléséries grâce aux sites Hulu et Netflix

Ça tombe plutôt bien que Netflix soit enfin disponible au Canada, mais je suis malgré tout déçue qu’ils lancent leur produit sur le marché sans version française… «Coming soon to a theatre near you!».  Ils se concentrent aussi uniquement sur la lecture en transit (streaming) sans offrir leur excellent service postal. Il faut dire que la lenteur de Poste Canada pose problème. Je suis abonnée à zip.ca, un service basé sur le même principe que Netflix : ils envoient un ou plusieurs DVD à la fois selon votre abonnement mensuel et il suffit de les retourner par la poste lorsque vous avez terminé. Fini les frais de retard, véritables plaies des gens distraits comme moi. Le hic, c’est qu’il faut compter trois jours pour une lettre au Canada contre un jour aux États-Unis. En plus, il semble que Zip n’a pas d’entrepôt local à Montréal, la demande n’est pas encore assez importante. Bref, lorsqu’on a connu Netflix comme mode de vie aux États-Unis, on a l’impression que le DVD parcourt le Canada d’un océan à l’autre, à dos d’âne.

Impatiente…moi ? Bah! C’est de la faute d’Internet. Monsieur Carr le dit. Internet nous rend peut-être tous un peu fous, mais je serais curieuse d’étudier les effets thérapeutique du IPod sur notre cerveau. À mon avis, le pouvoir de choisir sa musique n’importe où, n’importe quand, rend même l’enfer plus supportable. l’Ipod est un objet sacré. Il ne manque plus qu’un IDieu à adorer.

Je vous laisse donc avec un morceau que je cherche frénétiquement sur mon Iphone lorsque tout va mal. Le prélude de la Suite Numéro 1 pour violoncelle de Bach
Avouez qu’il est difficile de s’énerver de nos emmerdes bassement terrestres en écoutant du Bach.

La jeunesse raffole des antiquités

Les vélos à la mode et la mode à vélo
À lire en admirant les prouesses de Dirt Fixie legend à San Francisco

Perchée sur une quarantaine de collines, (et non pas sept comme l’indiquent certains guides de voyage) San Francisco est paradoxalement une ville de vélo. Le jour, la température annuelle s’apparente à un éternel mois de mai au Québec. Le soir, le brouillard vous glace les os, tel un éternel mois de novembre, même en été, surtout en été. Ce diable de « fog » n’a jamais empêché nos escapades nocturnes dans Mission, là où le stationnement est une mission impossible. Nombre de « Franciscains » affichent leur religion en laissant le bas de leur pantalon droit roulé toute la soirée. Mais le nec plus ultra est sans contredit de chevaucher un Fixie, ces bécanes à pignon fixe, sans vitesse et sans frein. Il faut voir la belle jeunesse filer à toute allure sur ces superbes montures indomptables. Relancé par les coursiers new yorkais, le fixie se répand rapidement dans les rues de Montréal.
Mode en Fixie (Velo Vogue)

(Source: Vélo Vogue)

Prodigieuses machines en mode reculons, elles n’arriveront pourtant jamais à remplacer mon Italien. Inséparables depuis notre coup de foudre sur Valencia, nous avons traversé tout le continent ensemble, 6700 Km, moi au volant et lui…sur le toît! Lorsque par malheur, nous avons été séparés quelques jours suite à un accident, je le cherchais partout à l’hôpital telle une veuve éplorée. Je crois même qu’avant de me rappeler de mon nom, j’ai demandé aux ambulanciers : Where is my Italian love? Racé et élégant dans son habit noir-bleu, mon Italien est trop sexy pour rester attaché à un poteau toute la soirée. Craignant ses moeurs au cadena léger, je le trompe souvent avec une brute nommée Bixi.

Mais revenons un instant à San Francisco où j’ai rencontré de grands esprits éclairés. Je pense surtout à ma fidèle amie Kristin qui m’a enrôlé dans la Bicycle coalition, m’a sermonné de poser des lumières clignotantes, m’a forcé à rouler en plein milieu de la rue puisque c’est accepté au Far West, a ralenti lorsque mes jambes macérées à la sangria peinaient au retour du Cafe Revolution et m’a apporté des fleurs à l’hôpital après ma spectaculaire fouille nocturne (et ce, malgré les bons freins de mon Italien). D’une grâce inouïe sur sa motobécane, Kristin règne sur l’un des salons le plus courus en ville: Vélo Vogue, la référence en mode sur deux roues. N’hésitez pas à partager vos images de chics cyclistes montréalais.

Kristin sur sa Motobécane

Testeuse-cascadeuse de IMachins

Question de vous rappeler l’an 2019 tel qu’imaginé dans le film Blade Runner (1982), revoici la bande annonce sur la musique de Vangelis.

Dans un article récent Times «10 ideas for the next 10 years», Michael Lind démontrait, fort justement, que nous vivons dans une ère de stagnation technologique. Il notait, entre autres, que la combinaison d’un téléphone avec de la vidéo et un clavier n’a rien de bien excitant en comparaison avec le premier téléphone ou poste de télévision. Le plus scandaleux est bien entendu notre retard au niveau énergétique: l’automobile tient la tête de liste mais aussi le système de propulsion des avions qui date de 1930.

Bercée par la science fiction durant mon enfance, je suis très déçue qu’on ne se téléporte pas encore et que les autos ne volent pas (ça m’éviterait de tourner 30 minutes pour trouver du stationnement les jours de lavage de rue sur le Plateau.) Je m’attendais aussi à parler une langue internationale mélangeant le chinois et l’anglais comme dans Blade Runner. Mais la preuve la plus flagrante que nous ne sommes pas très évolués en 2010, c’est qu’on n’a toujours pas réglé le problème des éternelles files d’attentes aux toilettes des filles. Et que dire ces foutus loquets qui sont toujours brisés? Non mais pourquoi personne ne se penche sur ce grave problème de temps perdu à attendre devant les bécosses?

Nous sommes en mai 2010 et tout le monde s’excite le poil des jambes pour l’Ipad, la nouvelle tablette électronique de Apple. Certains vendraient leur mère en échange de l’objet sacré disponible en nombre limité. Dans un article de l’excellent The Onion, on se moque des «early adopters» en imaginant le Ipad émettant la phrase : «Aye, est-ce que ce gars à un Ipad?» à toutes les 8 minutes. On a d’ailleurs récemment lancé un réseau de rencontre entre adeptes d’Apple…c’est une question de statut social.

Ceci-dit, il ne fait aucun doute que je veux un Ipad « moissi, moissi, moissi ». Par contre, j’aimerais qu’ils préparent un modèle pour enfant, solide comme du Fisher Price. C’est que je suis victime d’une malédiction pour les Imachins: j’ai fermé la portière de ma voiture sur mon iPod qui est mort plié en deux et j’ai échappé mon iPhone tout neuf de mon balcon du troisième étage (malgré sa capote de cuir, il est atterri sur un coin mal protégé). Je prie tous les soirs pour éloigner les mauvais esprits de mon MacBook.

Heureusement l’arrivée du Ipad ne tuera pas le papier. Constamment branchée en semaine, je profite des week-end pour me tacher les doigts sur les journaux en dévorant des articles au complet plutôt que la lecture en diagonale sur le Web.

Et tant qu’à vous confier mes plaisirs anachroniques, un de mes fantasme ultime, c’est l’odeur des vieux livres, ce doux parfum de pourriture. Au cours de ma maîtrise en histoire, j’ai eu la chance de consulter des documents aux Archives nationales à Paris. Après avoir enfilé des gants de chirurgie, j’ai probablement passé plus de temps à humer les pages et tourner amoureusement les pages qu’à lire le vieux volume.

Je pourrais certainement assouvir mes désirs en collectionnant de vieux bouquins mais tout mon budget passe dans les IMachins, et surtout dans la plus diabolique de tous, la boutique Itunes.

Inutile de vous marier : louez une robe et valsez

À lire en écoutant Le beau Danube bleu de Johann Strauss sur des images de 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

J’hésitais à vous servir religieusement des éphémérides de peur de manquer un événement important si je suis détenue au poste de police ou endormie dans un parc.

Voici tout de même en vrac, quelques manchettes de la semaine dernière:
Il y a eu la fondation de Rome, la découverte de l’Australie par Cook et l’arrivée de Cabral au Brésil. Côté naissance, de beaux bébés bien sages ont vu le jour: Adolf Hitler, Napoléon III et Duplessis sont tous nés le 20 avril. Mesdames, si vous êtes un tantinet superstitieuses, retenez-vous d’accoucher jusqu’au 21 avril ou mieux encore, tenez jusqu’au 23, date de la naissance et de la mort du grand William Shakespeare. Ce génie avait décidemment un sens inné de la finale.

Parmi tous les drames de la semaine, un heureux événement m’a replongé dans le romantisme de mon enfance. Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite Sissi, a épousé l’empereur François-Joseph Ier, le 24 avril 1854 à Vienne, en Autriche.

Les mecs ont probablement cessé de me lire à la dernière ligne mais je vous le jure les gars, tout indice pour mieux comprendre votre princesse peut vous être fort utile.
Pendant que vous regardiez Goldorak ou la lutte du dimanche matin (j’avais un grand frère qui testait la prise du sommeil sur moi et je ne me suis toujours pas réveillée), pendant que vous stimuliez votre masculinité à coup de violence infantile, dis-je, les filles se tapaient des histoires à se trancher les veines. À mon souvenir, c’est Candy qui remporte la palme du désespoir. Je vois encore la grosse larme accrochée à ses gigantesques yeux de manga. Quelqu’un se souvient pourquoi elle pleurait tout le temps? Rien de grave j’espère? Selon le générique de début : «Elle rêve et elle imagine tous les soirs en s’endormant que le tout petit prince des collines vient lui parler doucement.» Bon d’accord, passons.. De toute manière, ce n’est pas Candy qui m’a le plus fait brailler mais la mort du chien dans la Guerre des tuques et…la belle Sissi.

Le fait est qu’Élisabeth Amélie Eugénie, brillamment personnifiée par Romy Schneider dans la triologie des années ’50, est l’achétype de la pétillante femme-enfant, libre d’esprit, rebelle, sensible et ultra émotive. Déjà bien équipée pour souffrir, elle vivait à l’époque du romantisme, au milieu d’un décor romantique, entourée d’une belle-mère contrôlante et d’un mari infidèle. Dans son journal personnel, on peut lire son désespoir de n’avoir aucun narcotique pour la soulager
«Aucune autre âme ne m’a jamais comprise.»
«J’erre sur cette terre en solitaire» (notez que ça ne rimait pas en allemand mais tant qu’à traduire, aussi bien s’appliquer un peu). Sissi est morte à 61 ans, poignardée par un anarchiste et sa dernière phrase fut: ««Que m’est-il arrivé?» (ce qui dans un film américain serait traduit par What the F…&#$%?!)

Au fil des années, de nos gauches amours adolescentes à nos maladroites amours adultes, certaines d’entre nous deviennent de moins en moins princesses et de plus en plus belles-mères. Mais peu importe que l’on soit du type à régenter le château ou qu’il reste trop de Sissi en nous, un fait quasi universel demeure : nous rêvons toutes de porter la robe longue et d’attirer tous les regards sur le plancher de danse. Ah mais mesdames, qu’on se le dise, il n’est absolument pas nécessaire de vous marier pour ça! Il suffit de louer une robe de Sissi, mettre des fleurs dans vos cheveux, vous envoler pour Vienne et poser coquettement devant tous les monuments comme cette brave demoiselle:
Mein Tag als Sisi/Sissi/Elisabeth in Wien (Traduction: Ma journée à Vienne en Sissi)

On se repart la valse un petit coup? Toujours au rythme de Strauss, voici ce à quoi ressemblait la vraie Sissi

Oyé cyclistes! Les policiers perdent les pédales

Musique de fond: La Bicyclette de Yves Montand.

Ce matin, j’ai réussi à me faire coller une contravention pour avoir brûlé une lumière JAUNE… à vélo! Invraisemblable mais vrai, c’est la deuxième fois que votre humble kamikaze se fait poursuivre, à grands coups de sirènes, pour un coup de pédale de trop.

Commençons par le récit épique de ce matin. L’indicateur de la lumière affiche qu’il reste deux secondes pour les piétons. L’intersection est assez longue alors je fonce pour battre la lumière mais seulement la moitié de mon vélo passe sur la ligne d’arrivée au déclenchement du feu rouge. Bien qu’il n’y avait pas d’arbitre pour statuer, on peut dire hors de tout doute, qu’à deux centimètres près, j’ai traversé sur une JAUNE et la fille derrière moi, sur la orange rouge. Techniquement, je suis jaunie.

Ah mais non! Il ne faut pas oublier que c’est LE matin du mois, celui où me lever est déjà une mauvaise idée. Un policier planté au coin de la rue me fait signe d’arrêter….et… je continue mon chemin. Un policier? Où ça? Je n’ai rien vu! Quand on partait de bon matin.. à bicycleeeeette!

Alors là Bravo la casque vide chercheuse de trouble! Visiblement, tu n’es pas seule puisque la fille orange rouge a également ignoré les gestes de l’agent.

J’aurais pourtant dû me rappeler que dans 90% des cas, lorsque je dépasse un gars à vélo, le mâle en lui s’éveille et pédale héroïquement pour me dépasser avant le prochain feu. Mais après vous, mon cher monsieur, foncez!

Piqué au vif, le policier saute dans sa voiture, lâche les sirènes, gêne toute la circulation matinale pour m’arrêter au prochain coin. Je dis bien pour n’arrêter que moi et surtout pas la orange rouge qui me suivait. Si au moins, il m’avait rattrapé à dos de cheval, je serais plus impressionnée!

Monsieur l’agent s’empare de mes papiers et retourne dans son char pour consulter mon dossier sur laquel il est probablement inscrit un avertissement de ce genre:

Attention: femme féroce!
Si elle vous insulte: augmentez la contravention.
Si elle pleure: augmentez la contravention.
Si elle sort son téléphone pour tweeter votre numéro de char d’assaut: arrêtez-là immédiatement!

– Non mais, Monsieur l’agent, regardez: j’ai sagement mis mon casque ce matin.
– Non mais, Monsieur l’agent, vous étiez où lorsque je me suis fait volé mes trois derniers vélos attachés par de gros cadenas à 50 piastres?
– Non mais, Monsieur l’agent, rattrapez la fille derrière moi qui est carrément passée sur la rouge!
– Aye du con! Tu perds les pédales ou quoi? JAUNE, elle était JAUNE!»

Je vous avais averti, c’est LE jour du mois où il ne faut pas me chercher!
Malgré tout, chaque fois que je m’énerve ainsi, je me dis en moi-même:
Voyons-donc grande insignifiante…que dirait Bouddha?! Dis-moi, Bouddha, je conteste la contravention de 37$ ou j’assume le prix de mon arrogance matinale?
Dis-moi au moins que les profits de cette vague de répression policière seront versés à la réparation de nids de poules? Dis-moi que mon 37$ évitera à quelqu’un comme moi, de passer quatre jours à l’hôpital pour un gigantesque trou invisible à l’oeil nu? (Notez que j’ai failli me tuer à San Francisco, un beau soir de mai, en descendant une grosse colline à minuit)

Ce récit est déjà trop long pour vous raconter l’autre arrestation qui m’avait coûté 130$ et quelques points de démérite. C’est qu’il ne faut jamais rigoler face au taux de testostérone anormalement élevé des policiÈRES américaines. Oh que non! Ce n’est pas drôle du tout, même sur deux roues!

Quand on partait de bon matin, tatatatatatata!!

Apologie de la désuétude

On dit d’une chose qu’elle est anachronique, fausse par rapport à la chronologie mais aussi obsolète, désuète. On ne dit pas d’une personne qu’elle est anachronique et pourtant il m’arrive souvent de me demander ce que je fous au milieu d’une époque si insipide. Non mais croit-on vraiment que nous recevrons un point sur la ligne du temps des grands courants qui ont révolutionné ce monde?

Révolutionnaire opportuniste, n’ayant jamais appris à fermer ma gueule surtout par écrit, ma tête bien tranchée aurait surement visité Paris au bout d’une fourche. Me voilà sur le pied de guerre pour la prochaine bataille mais ne me dites pas que la révolution, c’est Internet, l’outil avant le forgeron. Un grand pas technique, mais encore un trop petit pas pour l’humanité. Il ne faut pas oublier que l’innovation Web émerge souvent des bas fonds de la pornographie. Chose certaine, Internet a véritablement accéléré notre vie d’animal social qui jape souvent pour rien, comme des caniches idiots.

Assoiffée de savoir empirique, j’aurais bien voulu être une encyclopédiste des Lumières et puisque la mode est de ne rien approfondir, je suis devenue surfeuse boulimique d’information, payée pour surfer, partout et nulle part à la fois. Nous les «ti-culs» du Web, fumistes et génies confondus, gonflés à bloc par les promesses des «stocks options», nous tentions d’organiser le Web à la main dans de gigantesques annuaires. C’était avant les moteurs de recherche performants. C’était la Belle Époque du Web et la bohème parisienne. Je vous raconterai.

Romantique «mal-timée», je serais certainement morte d’amour, en écrivant toute la nuit à un gentilhomme moderne, au son de l’adagio d’Albinoni. Transposée dans le monde moderne, ma vie ressemble étrangement à cette séquence de 500 Days of Summer où l’écran est divisé en deux: d’un côté on voit comment il a imaginé la soirée et de l’autre comment elle se déroule réellement, le tout sous la voix rassurante de Regina Spektor, «Je suis l’héroïne de l’histoire, je n’ai pas besoin d’être sauvée». Imaginez une telle mésadaptée anachronique sur les réseaux de rencontres… tragiquement épique! Ça aussi, je vous raconterai si vous êtes gentils.

Je ne suis pas une dinosaure réfractaire au progrès technologique qui vous fera l’apologie de la vie simple des Amisch. Non, en bon enfant de notre siècle, je suis tout aussi esclave de nouvelles «bébelles» passées au malaxeur, des phrases de 140 caractères, de l’information insolite, du voyeurisme amoral et de toutes ces curiosités qui font plus rapidement le tour de la planète qu’une navette spatiale.

Les preuves de mes anachronismes traînent partout sur mon disque dur, je les défragmente chronologiquement dans le désordre, tel le mode aléatoire d’Itunes, cette invention prodigieuse qui déterre de bonne vielles «tounes». Et parce qu’il y a toujours une chanson qui exprime mieux un état qu’une avalanche de mots, ce matin, je choisis Révolution des Beatles. Ce divin 45 tours que je volais à mon père pour le poser maladroitement sur mon tourne disque rose avant de me lancer sur le lit pour le faire sauter. Un rite initiatique au Rock.
Révolution – The Beatles (1968)

Ne pas parler de poésie en écrasant des fleurs sauvages

Je vais à un spectacle sur la thématique des chansons de « char » ce soir et ça m’a rappelé un moment de grâce sur l’autoroute 15.

Il y a des chansons qu’on a oublié, d’autres qu’on avait mal écouté et celles qu’on a besoin d’entendre à cet instant précis. Le hasard du mode aléatoire du IPod peut changer notre état d’esprit en quelques secondes.

Lorsque je marche dans la rue, je tombe souvent en pleine contemplation musicale, le regard perdu sur le bout de ciel entre deux immeubles, j’arrête le temps et le mouvement. En voiture, vous pouvez me surprendre à essuyer des larmes sur une lumière rouge, une chanson m’a transporté un peu trop loin.

Voici donc une chanson qui n’a rien d’une chanson de « char ». Mais lorsqu’elles s’est mise à jouer dans mon IPod sur l’autoroute, je l’ai réécouté en boucle jusqu’à Montréal : Perlimpinpin de Barbara.
Pour la rage qu’elle exprime. Parce que j’en suis là, exactement.

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences.
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences.
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne
Et pour vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
en écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner avec ivresse
Rien que la tendresse pour toute richesse
Vivre
Vivre avec tendresse

Côté anglophone, en ce moment, j’écoute souvent Ready to start, de Arcade Fire dans ma voiture.

Businessmen drink my blood
Like the kids in art school said they would
And I guess I’ll just begin again