Riches comme des crétins de Crésus

À lire en écoutant All I need – Radio head (MTV video)
Certaines choses coûtent plus cher que vous ne le croyez

Il y a quelques semaines, un ancien collègue m’a fait découvrir le site Globalrichlist. Il suffit d’y entrer votre salaire pour savoir votre rang sur la planète.

Même si vous assumez pleinement votre culpabilité de sale nord-américain riche, lorsqu’on vous balance ce chiffre, vous vous sentirez le roi du monde, pendant au moins dix minutes.

Assurément, vous me direz que ce calcul est hors contexte du coût de la vie. Vous me direz aussi que plus on fait d’argent, plus on peut en redistribuer. Vraiment? Est-ce que vous faites plus de dons depuis votre dernière augmentation de salaire ou vous achetez plus de « bébelles »?

Soyez honnêtes, sans les reçus d’impôts, est-ce que vous donneriez autant à des organismes de charité ? Après avoir donné un gros cinq dollars à une petite madame pour une marche quelconque, elle m’a demandé si je voulais une lettre de remerciement. «Euh, non merci, madame, on va peut-être sauver pour cinq dollars d’arbre en même temps!»

Il faut dire que nous sommes souvent tellement sollicités, qu’on ne sait plus à qui donner, surtout lorsqu’on s’émeut de tous les drames de l’humanité.

Pour sauver le monde, je devrais allouer des pourcentages de budget mensuel à chaque cause : les enfants malades, les catastrophes naturelles, les pauvres, le cancer, le calendrier des pompiers, le monsieur devant la pharmacie, les ours polaires, les tigres, les grenouilles et les abeilles.

Vous pensez que je me moque mais je réfléchis à une application mobile qui permettrait de répartir les dons en temps réel, à celui ou celle qui en a le plus besoin. Bon, elle n’est pas encore au point puisque lorsque j’en parle, on me sourit gentiment, on cesse de me servir du vin, et on passe à un autre sujet.

Ceci-dit, je suis loin d’être une sainte : je sacre à chaque fois qu’un squeegee saute sur ma voiture. Je veux bien payer une taxe municipale pour les sans-abris, mais par pitié, laissez-moi rêvasser en paix sur les lumières rouges!

On voit de la pauvreté partout dans le monde mais c’est en habitant en Californie que j’ai été confrontée chaque jour au déséquilibre des richesses. Je commençais à trouver que le fric puait un peu trop.

Les États-Unis traversaient une crise économique majeure mais il y a tellement de porsches sur les routes, que j’avais perdu le vieux réflexe de regarder si le conducteur était mignon!

D’accord, j’admets que je suis une nord-américaine pourrie gâtée, mais je le petit mérite de ne pas être dévorée par le désir de « flasher ».

Mon auto fête ses dix ans. Je n’ai jamais acheté une télévision : je ramasse les vieux modèles de mes grands-parents. Je déteste les centres d’achat et les brioches à la cannelle sont ma seule motivation pour aller au Ikea… Il y a pire encore : ma mère a recousu plusieurs fois certains de mes vêtements préférés. Vous commencez à vous demander si je suis une vraie fille? Oh, mais j’ai mes pêchés mignons. Je ne refuserai jamais de sorties entre amis, ça n’a pas de prix. J’ai aussi du mal à contrôler l’achat compulsif de musique et de livres. Bienheureux, celui qui est abonné à la bibliothèque municipale!

Solon aurait dit à Crésus qui lui montrait ses richesses : « N’appelons personne heureux avant sa mort. »

Bref, si un jour je me plains des petits sacrifices de ma nouvelle vie, renvoyez moi sur le site Gobalrichlist Tiens, je ne peux pas m’acheter cette superbe robe…Oh que je fais pitié! »

Casanova, Kafka, Bacon et Hubble

Pour mieux répondre à la foule de lecteurs en délire, j’abandonne les éphémérides hebdomadaires pour ne souligner que quelques événements chaque mois. C’est que les éphémérides peuvent être assez fastidieuses et ce qui vous intéresse avant tout, ce sont mes gaffes épiques et mes humeurs de mésadaptée temporelle.

Dans la multitude d’événements du mois de juin, je ne retiens que la mort d’un brillant séducteur, des génies incompris et une explosion cosmique en Sibérie. Ce choix éditorial totalement arbitraire, résume assez bien mes intérêts !

Le 4 juin 1798, la gente féminine pleurait un irréductible séducteur,
Giovanni Casanova. Force est d’admettre que le personnage avait un certain génie d’acteur : il a été diplomate, espion, magicien et surtout, écrivain. Il suffit de lire «Histoire de ma vie» pour constater que Casanova avait la plume bien.. exercée. Bon, je m’arrête ici avant d’être tentée par d’autres jeux de mots de mauvais goût. En plus, les Casanova coûtent généralement assez cher en thérapie alors une fois qu’on les a oublié, on n’a vraiment plus envie d’en parler.

Quand on pense au nombre de fumistes qui deviennent des célébrités, les génies morts dans l’obscurité méritent plus de publicité posthume.

Le 3 juin 1924, s’éteignait un grand écrivain visionnaire qui dénonçait l’absurdité de notre monde : Frank Kafka. Or, non seulement l’auteur du Procès et de la Métamorphose, n’a pas connu la célébrité de son vivant, mais il avait demandé qu’on brûle ses écrits à sa mort. Heureusement, son exécuteur testamentaire ne l’a sagement pas écouté.
Voici quelques-unes de mes citations préférées de kafka :

«Le niveau de la masse dépend de la conscience de l’individu.»
«La véritable réalité est toujours irréaliste.»

«Le capitalisme est un état du monde et un état de l’âme.»

Même si vous n’avez jamais lu Kafka, vous avez surement vécu l’écrasante absurdité bureaucratique, au moins une fois dans votre vie. Ainsi, lorsque vous prenez un numéro pour rencontrer un idiot exécutant des ordres illogiques, respirez et pensez à Kafka.

Reculons maintenant de plusieurs siècles. Le 11 juin 1292, un moins franciscain, Roger Bacon, surnommé «Doctor Mirabilis», mourrait à 78 ans, sans aucune reconnaissance pour son travail. Ce grand intellectuel, très en avance sur son temps, aurait inventé le premier télescope, la poudre à canon et les verres grossissants. Il fut surtout l’un des fondateurs de la science moderne. Ses écrits ont été bannis par le pape et il vécut plus de dix ans, enfermé dans une cellule obscure.

Je termine le survol du mois de juin avec un immense feu d’artifice. Je ne connais pas grand chose à l’astronomie mais je m’y intéresse de plus en plus. C’est peut-être parce qu’en vieillissant, je réalise enfin que je ne suis pas le centre de l’univers !

C’est le 30 juin 1908 qu’eut lieu la plus grosse explosion cosmique de l’histoire. Équivalente à 1000 bombes d’Hiroshima, l’explosion s’est produite en haut d’une forêt de pins en Sibérie centrale, couchant les arbres et quelques habitants qui se trouvaient à environ 60 miles. Ce qui est dommage c’est que ces quelques témoins qui étaient cloués sur le sol, n’avaient pas de téléphones cellulaires pour envoyer des vidéos sur Youtube.

Le débat sur la nature de cette gigantesque explosion n’est toujours pas résolu, un astéroïde, un météorite, un fragment de comète? Un fait est indéniable : les extras terrestres font toujours des essais nucléaires et des enlèvements sur des terrains déserts en Russie ou aux États-Unis.

Je ne vous propose pas de musique pour ce billet mais un petit rappel de notre petitesse. L’image la plus profonde de l’univers prise par Hubble.

Regardez l’image des 10 000 galaxies et dites-vous qu’on attribue environ 122 conquêtes amoureuses à Casanova.

Eh bien voilà, comment je case Casanova, Kafka, Bacon, la Sibérie et Hubble dans un même billet. Vous êtes perdus? C’est pour ça que je vais mourir incomprise et enfermée dans un monastère avec mon télescope et ma poudre à canon.

Twitter et le bel esprit moderne

Séquence à revoir : La joute de bel esprit dans le film Ridicule

Hier matin, lorsque mon réveil a sonné, je me suis rendue compte que j’étais en train de « twitter » dans mon rêve. Je ne suis pourtant pas trop « accro » de Twitter, je m’en tiens à une moyenne de un ou deux messages par jour.

J’ai joint la secte des oiseaux picocheux il y a environ deux mois. Twitter remplace mon cordon ombélical au fil de presse et me permet de retrouver un peu mon habitat naturel : les salles de presse à aire ouverte. Mieux encore pour une fille qui n’est pas très bavarde le matin, être seule avec la radio et Twitter s’avère plutôt commode (ceci-dit, je rattrape mon mutisme matinal en parlant trop le reste de la journée).

Bien avant Facebook et Twitter, nous exercions notre rhétorique sur les forums et nous fréquentions de respectables salons de clavardage. Habillé chic, le «Web 2.0» a quitté un cercle d’initiés pour se répandre dans la masse mais pour l’instant, Twitter demeure une secte assez restreinte au Québec.

Adepte convaincue mais néanmoins modérée, je me pose quelques questions existentielles en moins de 140 caractères. La première: « Vivre le moment présent ou le twitter? »

Encore une fois, je pose la question qui tue : Mais que dirait Bouddha? Sommes-nous vraiment dans la plénitude du moment présent si le besoin de partager par écrit risque de tuer le momentum? « Une seconde chéri, je tweet ta demande en mariage. Ma réponse? Ah non, merde, Twitter est encore «over capacity».

Ne vaut-il pas mieux bien mâcher tranquillement que de twitter que notre steak est délicieux? Au milieu d’un tremblement de terre, ne serait-ce pas plus sage de se planquer sous une table avant de tweeter au monde entier que la terre tremble? En d’autres mots, est-ce que notre besoin incontrôlable de tout documenter nous rapproche de ces touristes qui prennent tellement de photos de voyage, qu’on se demande s’ils ont vu quelque chose en dehors de leur écran.

La deuxième question dépasse Twitter mais me chipote aussi : « Les gens d’esprit ont-ils encore le droit de se taire ? » Notre société a une grande soif de la phrase « clip » drôles. Comme le commun des mortels, je me délecte des mots d’esprits et j’organise mes listes d’invités VIP dans mon salon. Il serait dommage toutefois que certaines discussions deviennent des rendez-vous obligés pour briller comme dans un bar de la rue Saint-Laurent.

Certains d’entre vous se rappelleront peut-être le film Ridicule de Patrice Leconte qui se déroulait dans les salons du XVIIIe siècle? Les invités devaient faire preuve de bel esprit et un « Ridicule » pouvait briser leur réputation. À un dîner, la marquise lançait une joute de bel esprit et celui qui avait le moins d’esprit devait quitter la table. Vers la fin de la joute, alors que le baron n’avait pas encore parlé, deux convives lancent:

«On dit d’un homme d’esprit qui se tait, qu’il n’en pense pas moins»
«Un sot qui se tait n’en pense pas davantage»

Bien entendu, il s’agit là d’une caricature des salons du XVIIIe siècle. Mais au XXIe siècle pour se démarquer des « ennuyeux », il vaut mieux maîtriser l’art du « bon mot clip » et être vite sur les pitons pour lancer les rumeurs en premier.