Je me souviens…de moins en moins

Pour mieux servir la dictature du «Politiquement correct», on s’efforce de plus en plus d’effacer des manuels scolaires, les épisodes de batailles et de rébellions entre les Canadiens français et anglais. Les pédagogues veulent former des citoyens canadiens au multiculturalisme pacifique : «Tout-le-monde-il-est-gentil-d’un-océan-à-l’autre.

Que l’on soit souverainiste, fédéraliste, marxiste ou «je m’en foutiste», le fait demeure que le 13 septembre 1759, Québec est tombé aux mains des Anglais, sur les Plaines d’Abraham. Comme s’est souvent le cas, les «dommages collatéraux» comptent plus que le nombre de morts : destructions, pillages, viols et surtout, la famine. Désolée les enfants, la guerre, c’est vraiment plus laid qu’un jeu vidéo. Peu importe leur origine, les conquérants victorieux ne respectent pas toutes les règles.

Certes, plusieurs peuples traînent un passé beaucoup plus lourd de guerres continuelles et de persécutions, mais il ne faudrait tout de même pas que les jeunes s’imaginent que le système actuel a poussé naturellement, comme une fleur de lys au printemps. Le poids de l’histoire d’un peuple s’inscrit dans les gènes. Il faut lire Ligne de failles de Nancy Houston pour se noyer dans l’univers d’un héritage génétique traumatique.

Née à Ottawa de parents biologiques canadiens anglais, j’ai été immédiatement adoptée par une famille québécoise de l’autre bord du pont. Par destinée professionnelle, j’ai toujours travaillé dans les deux langues, naviguant tant bien que mal dans la joyeuse politique de «Toronto-le-tout-puissant» face à «Montréal-l’incomprise». Inévitablement, au fil des années, même si l’on prône la non-violence et le Yoga, il viendra toujours un moment, où l’on ferait fondre des cuillères pour fabriquer des balles de fusil.

Tout aussi inévitable, il nous arrive de surprendre une conversation totalement «Politically incorrect» de nos chers collègues ontariens, en pleine séance de «Quebec Baching». La morale de l’histoire : vérifiez toujours la liste de vos invités sur les appels conférences, le mode silence est une redoutable arme d’espionnage involontaire.

Mais pour un divertissement ultime, il faut entendre un Canadien anglais tenter d’expliquer le «cas québécois» aux Américains, qui ne connaissent généralement que Montréal, en tant que lieu mythique de débauche, le «Las Vegas» du Canada. Le Canadien dira probablement que malgré les lois de protection de notre culture, une « portion » de Québécois se sent encore menacée. (Haussement d’épaule) Nos voisins du Sud, déjà ébahis par le bilinguisme canadien, qui coûte si cher en frais de traduction, croiront volontiers que le mouvement souverainiste n’est plus qu’une «curiosité» folklorique. «Help me remember : when did those French people arrived to the continent? Prisoners and french cancan ladies?»

Un Américain érudit, se souviendra peut-être qu’au XVIIIe siècle, l’Acte de Québec qui visait à calmer les Canadiens français après la Conquête, fut l’un des actes intolérables de la couronne britannique aux yeux des colons américains. Certaines de ces concessions aux francophones ont encouragé la marche vers la Guerre d’indépendance américaine. Ce n’est pas d’hier que le village d’Astérix vous inspire ! Vous aimez surtout nos bardes qui chantent dans votre langue…