Inutile de vous marier : louez une robe et valsez

À lire en écoutant Le beau Danube bleu de Johann Strauss sur des images de 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

J’hésitais à vous servir religieusement des éphémérides de peur de manquer un événement important si je suis détenue au poste de police ou endormie dans un parc.

Voici tout de même en vrac, quelques manchettes de la semaine dernière:
Il y a eu la fondation de Rome, la découverte de l’Australie par Cook et l’arrivée de Cabral au Brésil. Côté naissance, de beaux bébés bien sages ont vu le jour: Adolf Hitler, Napoléon III et Duplessis sont tous nés le 20 avril. Mesdames, si vous êtes un tantinet superstitieuses, retenez-vous d’accoucher jusqu’au 21 avril ou mieux encore, tenez jusqu’au 23, date de la naissance et de la mort du grand William Shakespeare. Ce génie avait décidemment un sens inné de la finale.

Parmi tous les drames de la semaine, un heureux événement m’a replongé dans le romantisme de mon enfance. Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite Sissi, a épousé l’empereur François-Joseph Ier, le 24 avril 1854 à Vienne, en Autriche.

Les mecs ont probablement cessé de me lire à la dernière ligne mais je vous le jure les gars, tout indice pour mieux comprendre votre princesse peut vous être fort utile.
Pendant que vous regardiez Goldorak ou la lutte du dimanche matin (j’avais un grand frère qui testait la prise du sommeil sur moi et je ne me suis toujours pas réveillée), pendant que vous stimuliez votre masculinité à coup de violence infantile, dis-je, les filles se tapaient des histoires à se trancher les veines. À mon souvenir, c’est Candy qui remporte la palme du désespoir. Je vois encore la grosse larme accrochée à ses gigantesques yeux de manga. Quelqu’un se souvient pourquoi elle pleurait tout le temps? Rien de grave j’espère? Selon le générique de début : «Elle rêve et elle imagine tous les soirs en s’endormant que le tout petit prince des collines vient lui parler doucement.» Bon d’accord, passons.. De toute manière, ce n’est pas Candy qui m’a le plus fait brailler mais la mort du chien dans la Guerre des tuques et…la belle Sissi.

Le fait est qu’Élisabeth Amélie Eugénie, brillamment personnifiée par Romy Schneider dans la triologie des années ’50, est l’achétype de la pétillante femme-enfant, libre d’esprit, rebelle, sensible et ultra émotive. Déjà bien équipée pour souffrir, elle vivait à l’époque du romantisme, au milieu d’un décor romantique, entourée d’une belle-mère contrôlante et d’un mari infidèle. Dans son journal personnel, on peut lire son désespoir de n’avoir aucun narcotique pour la soulager
«Aucune autre âme ne m’a jamais comprise.»
«J’erre sur cette terre en solitaire» (notez que ça ne rimait pas en allemand mais tant qu’à traduire, aussi bien s’appliquer un peu). Sissi est morte à 61 ans, poignardée par un anarchiste et sa dernière phrase fut: ««Que m’est-il arrivé?» (ce qui dans un film américain serait traduit par What the F…&#$%?!)

Au fil des années, de nos gauches amours adolescentes à nos maladroites amours adultes, certaines d’entre nous deviennent de moins en moins princesses et de plus en plus belles-mères. Mais peu importe que l’on soit du type à régenter le château ou qu’il reste trop de Sissi en nous, un fait quasi universel demeure : nous rêvons toutes de porter la robe longue et d’attirer tous les regards sur le plancher de danse. Ah mais mesdames, qu’on se le dise, il n’est absolument pas nécessaire de vous marier pour ça! Il suffit de louer une robe de Sissi, mettre des fleurs dans vos cheveux, vous envoler pour Vienne et poser coquettement devant tous les monuments comme cette brave demoiselle:
Mein Tag als Sisi/Sissi/Elisabeth in Wien (Traduction: Ma journée à Vienne en Sissi)

On se repart la valse un petit coup? Toujours au rythme de Strauss, voici ce à quoi ressemblait la vraie Sissi

Oyé cyclistes! Les policiers perdent les pédales

Musique de fond: La Bicyclette de Yves Montand.

Ce matin, j’ai réussi à me faire coller une contravention pour avoir brûlé une lumière JAUNE… à vélo! Invraisemblable mais vrai, c’est la deuxième fois que votre humble kamikaze se fait poursuivre, à grands coups de sirènes, pour un coup de pédale de trop.

Commençons par le récit épique de ce matin. L’indicateur de la lumière affiche qu’il reste deux secondes pour les piétons. L’intersection est assez longue alors je fonce pour battre la lumière mais seulement la moitié de mon vélo passe sur la ligne d’arrivée au déclenchement du feu rouge. Bien qu’il n’y avait pas d’arbitre pour statuer, on peut dire hors de tout doute, qu’à deux centimètres près, j’ai traversé sur une JAUNE et la fille derrière moi, sur la orange rouge. Techniquement, je suis jaunie.

Ah mais non! Il ne faut pas oublier que c’est LE matin du mois, celui où me lever est déjà une mauvaise idée. Un policier planté au coin de la rue me fait signe d’arrêter….et… je continue mon chemin. Un policier? Où ça? Je n’ai rien vu! Quand on partait de bon matin.. à bicycleeeeette!

Alors là Bravo la casque vide chercheuse de trouble! Visiblement, tu n’es pas seule puisque la fille orange rouge a également ignoré les gestes de l’agent.

J’aurais pourtant dû me rappeler que dans 90% des cas, lorsque je dépasse un gars à vélo, le mâle en lui s’éveille et pédale héroïquement pour me dépasser avant le prochain feu. Mais après vous, mon cher monsieur, foncez!

Piqué au vif, le policier saute dans sa voiture, lâche les sirènes, gêne toute la circulation matinale pour m’arrêter au prochain coin. Je dis bien pour n’arrêter que moi et surtout pas la orange rouge qui me suivait. Si au moins, il m’avait rattrapé à dos de cheval, je serais plus impressionnée!

Monsieur l’agent s’empare de mes papiers et retourne dans son char pour consulter mon dossier sur laquel il est probablement inscrit un avertissement de ce genre:

Attention: femme féroce!
Si elle vous insulte: augmentez la contravention.
Si elle pleure: augmentez la contravention.
Si elle sort son téléphone pour tweeter votre numéro de char d’assaut: arrêtez-là immédiatement!

– Non mais, Monsieur l’agent, regardez: j’ai sagement mis mon casque ce matin.
– Non mais, Monsieur l’agent, vous étiez où lorsque je me suis fait volé mes trois derniers vélos attachés par de gros cadenas à 50 piastres?
– Non mais, Monsieur l’agent, rattrapez la fille derrière moi qui est carrément passée sur la rouge!
– Aye du con! Tu perds les pédales ou quoi? JAUNE, elle était JAUNE!»

Je vous avais averti, c’est LE jour du mois où il ne faut pas me chercher!
Malgré tout, chaque fois que je m’énerve ainsi, je me dis en moi-même:
Voyons-donc grande insignifiante…que dirait Bouddha?! Dis-moi, Bouddha, je conteste la contravention de 37$ ou j’assume le prix de mon arrogance matinale?
Dis-moi au moins que les profits de cette vague de répression policière seront versés à la réparation de nids de poules? Dis-moi que mon 37$ évitera à quelqu’un comme moi, de passer quatre jours à l’hôpital pour un gigantesque trou invisible à l’oeil nu? (Notez que j’ai failli me tuer à San Francisco, un beau soir de mai, en descendant une grosse colline à minuit)

Ce récit est déjà trop long pour vous raconter l’autre arrestation qui m’avait coûté 130$ et quelques points de démérite. C’est qu’il ne faut jamais rigoler face au taux de testostérone anormalement élevé des policiÈRES américaines. Oh que non! Ce n’est pas drôle du tout, même sur deux roues!

Quand on partait de bon matin, tatatatatatata!!

Apologie de la désuétude

On dit d’une chose qu’elle est anachronique, fausse par rapport à la chronologie mais aussi obsolète, désuète. On ne dit pas d’une personne qu’elle est anachronique et pourtant il m’arrive souvent de me demander ce que je fous au milieu d’une époque si insipide. Non mais croit-on vraiment que nous recevrons un point sur la ligne du temps des grands courants qui ont révolutionné ce monde?

Révolutionnaire opportuniste, n’ayant jamais appris à fermer ma gueule surtout par écrit, ma tête bien tranchée aurait surement visité Paris au bout d’une fourche. Me voilà sur le pied de guerre pour la prochaine bataille mais ne me dites pas que la révolution, c’est Internet, l’outil avant le forgeron. Un grand pas technique, mais encore un trop petit pas pour l’humanité. Il ne faut pas oublier que l’innovation Web émerge souvent des bas fonds de la pornographie. Chose certaine, Internet a véritablement accéléré notre vie d’animal social qui jape souvent pour rien, comme des caniches idiots.

Assoiffée de savoir empirique, j’aurais bien voulu être une encyclopédiste des Lumières et puisque la mode est de ne rien approfondir, je suis devenue surfeuse boulimique d’information, payée pour surfer, partout et nulle part à la fois. Nous les «ti-culs» du Web, fumistes et génies confondus, gonflés à bloc par les promesses des «stocks options», nous tentions d’organiser le Web à la main dans de gigantesques annuaires. C’était avant les moteurs de recherche performants. C’était la Belle Époque du Web et la bohème parisienne. Je vous raconterai.

Romantique «mal-timée», je serais certainement morte d’amour, en écrivant toute la nuit à un gentilhomme moderne, au son de l’adagio d’Albinoni. Transposée dans le monde moderne, ma vie ressemble étrangement à cette séquence de 500 Days of Summer où l’écran est divisé en deux: d’un côté on voit comment il a imaginé la soirée et de l’autre comment elle se déroule réellement, le tout sous la voix rassurante de Regina Spektor, «Je suis l’héroïne de l’histoire, je n’ai pas besoin d’être sauvée». Imaginez une telle mésadaptée anachronique sur les réseaux de rencontres… tragiquement épique! Ça aussi, je vous raconterai si vous êtes gentils.

Je ne suis pas une dinosaure réfractaire au progrès technologique qui vous fera l’apologie de la vie simple des Amisch. Non, en bon enfant de notre siècle, je suis tout aussi esclave de nouvelles «bébelles» passées au malaxeur, des phrases de 140 caractères, de l’information insolite, du voyeurisme amoral et de toutes ces curiosités qui font plus rapidement le tour de la planète qu’une navette spatiale.

Les preuves de mes anachronismes traînent partout sur mon disque dur, je les défragmente chronologiquement dans le désordre, tel le mode aléatoire d’Itunes, cette invention prodigieuse qui déterre de bonne vielles «tounes». Et parce qu’il y a toujours une chanson qui exprime mieux un état qu’une avalanche de mots, ce matin, je choisis Révolution des Beatles. Ce divin 45 tours que je volais à mon père pour le poser maladroitement sur mon tourne disque rose avant de me lancer sur le lit pour le faire sauter. Un rite initiatique au Rock.
Révolution – The Beatles (1968)

Ne pas parler de poésie en écrasant des fleurs sauvages

Je vais à un spectacle sur la thématique des chansons de « char » ce soir et ça m’a rappelé un moment de grâce sur l’autoroute 15.

Il y a des chansons qu’on a oublié, d’autres qu’on avait mal écouté et celles qu’on a besoin d’entendre à cet instant précis. Le hasard du mode aléatoire du IPod peut changer notre état d’esprit en quelques secondes.

Lorsque je marche dans la rue, je tombe souvent en pleine contemplation musicale, le regard perdu sur le bout de ciel entre deux immeubles, j’arrête le temps et le mouvement. En voiture, vous pouvez me surprendre à essuyer des larmes sur une lumière rouge, une chanson m’a transporté un peu trop loin.

Voici donc une chanson qui n’a rien d’une chanson de « char ». Mais lorsqu’elles s’est mise à jouer dans mon IPod sur l’autoroute, je l’ai réécouté en boucle jusqu’à Montréal : Perlimpinpin de Barbara.
Pour la rage qu’elle exprime. Parce que j’en suis là, exactement.

Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences.
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences.
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien
Et pour une rose entr’ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d’abandon
Et pour ce jardin qui frissonne
Et pour vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
en écrasant des fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner avec ivresse
Rien que la tendresse pour toute richesse
Vivre
Vivre avec tendresse

Côté anglophone, en ce moment, j’écoute souvent Ready to start, de Arcade Fire dans ma voiture.

Businessmen drink my blood
Like the kids in art school said they would
And I guess I’ll just begin again

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